« J’ai bien conscience du privilège de pouvoir me consacrer entièrement à moi- même pendant quatre jours et quatre nuits, et d’être exclusivement disponible à l’écoute de mes fonctionnements, seul en interaction avec moi-même, et dans la nature. Sans rien à faire, ni rien à organiser ; rien à préparer, ni courses, ni repas… Pas même un verre d’eau pour m’occuper. Rien ! Réduire mon espace personnel à la simple surface nécessaire pour m’allonger. Rester sur place, ne pas écrire, ne pas jouer à quelque chose, réduire les possibilités l’activité physique, sans musique, sans lecture, sans artifices… Juste la place pour méditer et abaisser la température mentale. Simplement m’ouvrir au présent et à l’écoute de la nature .
La première journée s’écoule avec une facilité incroyable. A peine dans mon cercle, je suis saisi d’une joie intense à la perspective de rester seul à cet endroit sous un bel arbre au-dessus duquel le soleil commence à s’élever lentement. J’en profite pour retirer mes vêtements et faire quelques postures de yoga et des respirations praniques : techniques de respiration consciente.
La journée s’écoule idyllique, je me sens détendu et n’éprouve ni faim, ni soif. J’ai tout mon temps pour observer les petits animaux vivants dans mon pré carré, et alterne les phases de méditation ou simplement d’assise silencieuse avec le plaisir de voir la beauté et sentir l’intensité vivante de ce lieu. J’ai étalé une petite bâche pour me protéger de l’humidité de la nuit et sous ma couverture je ne manque rien du spectacle des étoiles, écoutant l’alternance du vent dans les branches et du hululement d’une chouette avec le passage rapide d’un animal incertain. Au lever du soleil, j’ai à peine dormi tellement mes sens sont en éveil : je me sens plein d’énergie et entame la deuxième journée avec légèreté. Je reprend mon rituel : postures de yoga et respirations. Je perçois un léger souffle de vent, et soudain j’ai l’impression d’un gouffre qui s’ouvre devant moi. Tout semble se ralentir, voire s’arrêter, comme un battement d’aile d’oiseau qui se suspend. Mon corps perd sa tonicité en une fraction de seconde et bien que totalement conscient, je sens le poids de ma tête m’emporter vers l’avant et tombe face contre terre. Je reste dans cette
posture à moitié assis les “dents plantées dans le sol”. Je me trouve “ridicule” dans cette position mais je suis incapable de bouger. Après un long moment, toujours à moitié allongé les yeux fermés, la joue gauche au sol, un déclic intérieur m’incite à ouvrir l’œil droit. Dans mon champ de vision un aigle plane silencieusement… j’ai alors la certitude que ma quête commence. »

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